Thursday, February 23, 2006

· TEXTE DE TERRITORY (première étape)



11º biennale d'art de pancevo, serbie, 2004

« VALEUR VENALES, VALEURS SYMBOLIQUES » OU « COMMENT RESISTER A L’INIQUITE AVEC UNE CUISINE EN CARTON ? » OU « POURQUOI FAIRE DU RICHE AVEC DU PAUVRE ? »

Pour l’artiste, la cuisine, lieu universel, sert à accentuer un des phénomènes de la mondialisation, l’asservissement à un modèle idéal : « le confort à l’américaine ». Modèle virtuel, exposé à la vitrine télévisuelle sur toute la planète, qui exacerbe le rêve de consommer, rêve fabriqué en compensation de l’indigence symbolique des sociétés nanties.

Comme le conteur oriental, l’artiste dispose une construction précaire où se croisent deux protagonistes, le riche et le pauvre : le riche, en pseudo scientifique à l’observation indifférente envers la misère de l’autre, « mesure une réalité qui n’est pas la sienne », souligne Norton Maza. La spécialisation exacerbée de son étude, qui porte sur des rebuts, des déchets, soustrait toute humanité. Et, si, traditionnellement, les contes se concluent par l’inversion des situations, ici, la réalité qu’invoque Norton Maza ne s’oriente pas vers un happy-end où les rôles sont interchangeables. L’ « image », qu’il traduit, offre une appréciation des biens de chacun placés sur une balance au fléau faussé par un résidu d’iniquité.

Ainsi, Norton Maza confronte les valeurs établies par la tyrannie de la consommation aux valeurs inspirées par le manque et choisit des modalités qui favorisent l’échange des désirs.
Les jeux de son enfance au Chili, puis en France et à Cuba, lui ont enseigné la relativité des valeurs imposées par la société de consommation et la valeur infinie de la créativité. « On ne connaît bien que ce que l’on a vu naître » opposait Norton Maza, avec le titre d’une Installation réalisée à Santiago du Chili. Dans la précarité, la richesse est à trouver dans l’inventivité et « la puissance de l’idée » est mise à l’épreuve de la matière et des savoir-faire. Si la matérialisation peut assouvir un désir, faire œuvre doit être capable de donner du pouvoir à un objet dérisoire. Et que les matériaux parlent des hommes !
Cependant, les créations populaires à travers le monde, montrent souvent que reproduire un idéal de confort ne consiste pas à échapper à la société de consommation, mais, au contraire, participe à s’y insérer symboliquement. Et même, en copiant et inventant des ustensiles, des outils, des jouets et des objets de décoration, il s’agit de « résister à la l’appauvrissement de la vie* ».
Alors Norton Maza se demande : « la consommation d’objets est-elle un besoin inévitable de l’être humain ? »
Depuis la découverte du feu, ne peut-on pas estimer l’évolution de l’humanité, par la courbe des dépenses d’énergies et des ressources naturelles utiles à l’homme pour produire ce qui répond à ses exigences biologiques, pour se nourrir, s’abriter, se vêtir…Depuis l’ère industrielle ne peut-on pas calculer l’amélioration des conditions de la vie quotidienne à la multiplication des déchets ?

Les deux protagonistes ne peuvent résister au système qui les opprime. Finiront-ils par sombrer avec le modèle idéal et les lois du marché ? Chacun cèdera-t-il à ces valeurs, soit pour « s’implanter dans un monde tangible » (et cependant virtuel), soit, pour « projeter son jeu » social et « investir ce jeu comme un message aux autres, et un message à soi-même**» ?
S’aimer soi-même*** serait la clé du renouveau de la singularité et la créativité de chacun pour savoir aussi trinquer avec les autres dans la cuisine, qu’elle soit en carton ou en béton.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le collage de Norton Maza qui n’aurait pas pu exister sans les collectes de matériaux réalisées par un groupe de personnes de Pancevo.

Citations empruntées aux écrits suivants :
*« Objets réinventés, La création populaire à Cuba» Pénélope de Bozzi et Ernesto Oroza
**« Le système des objets » Jean Beaudrillard
***« Aimer, s’aimer, nous aimer, du 21 septembre au 21 avril » Bernard Steigler

Michèle Grellety
Déléguée départemental pour les Art plastiques de la Dordogne

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